Ego sum

Je suis ce que l’autre désire.
Serviteur ou esclave de la volonté d’autrui.
Un danseur-visage, façonné par les autres et qui n’a de vie propre.

Malédiction que cet excès d’empathie…
Vivre les sentiments des autres et oublier les miens. Avoir une idée de ce que pense l’autre, connaître ses désirs sans même qu’un mot soit prononcé. Et pourtant faire comme si de rien n’était. Attendre patiemment qu’ils livrent leur pensées alors qu’on les connait déjà. Feindre la naïveté pour qu’ils soient à l’aise et jouent le rôle qu’ils se sont donné. Et s’ils ne disent rien, faire comme si de rien n’était. Souffrir avec, prendre sur soi et espérer. Etre l’autre et n’être plus soi-même.

Cruelle, aussi, cette hypersensibilité non maîtrisée…
Tout m’affecte. Je suis une éponge mentale. Détails comportementaux et faits insignifiants deviennent d’une importance capitale. Les petits malheurs des autres devient mon grand malheur. Leurs contrariétés sont miennes et amplifiées. Je suis coupable d’avoir mal agit, d’avoir bien agit, d’avoir agit tout court. Je croule alors sous le poids du remord et du nombre trop grand de stimuli, l’incapacité me gagne. La passivité et l’évitement sont des refuges ardemment recherchés.

La solitude est un asile.

Que les autres le savent ou non. Inconsciemment ou volontairement, ils me consomment, m’usent et souvent abusent. Je laisse faire, n’étant que leur humble serviteur. N’ayant pas de vie à moi, je suis en fonction de leurs désirs, et donc défait lorsque je ne peux plus remplir mon rôle.

L’empathie et la sensibilité sont pourtant des dons. Mais il faudra que je les maîtrise, au lieu de les subir.
Il faudra aussi que je trouve le courage de dire non, de penser à moi avant de penser aux autres, et de ne pas me sentir coupable pour cela.