Ego sum

Je suis ce que l’autre désire.
Serviteur ou esclave de la volonté d’autrui.
Un danseur-visage, façonné par les autres et qui n’a de vie propre.

Malédiction que cet excès d’empathie…
Vivre les sentiments des autres et oublier les miens. Avoir une idée de ce que pense l’autre, connaître ses désirs sans même qu’un mot soit prononcé. Et pourtant faire comme si de rien n’était. Attendre patiemment qu’ils livrent leur pensées alors qu’on les connait déjà. Feindre la naïveté pour qu’ils soient à l’aise et jouent le rôle qu’ils se sont donné. Et s’ils ne disent rien, faire comme si de rien n’était. Souffrir avec, prendre sur soi et espérer. Etre l’autre et n’être plus soi-même.

Cruelle, aussi, cette hypersensibilité non maîtrisée…
Tout m’affecte. Je suis une éponge mentale. Détails comportementaux et faits insignifiants deviennent d’une importance capitale. Les petits malheurs des autres devient mon grand malheur. Leurs contrariétés sont miennes et amplifiées. Je suis coupable d’avoir mal agit, d’avoir bien agit, d’avoir agit tout court. Je croule alors sous le poids du remord et du nombre trop grand de stimuli, l’incapacité me gagne. La passivité et l’évitement sont des refuges ardemment recherchés.

La solitude est un asile.

Que les autres le savent ou non. Inconsciemment ou volontairement, ils me consomment, m’usent et souvent abusent. Je laisse faire, n’étant que leur humble serviteur. N’ayant pas de vie à moi, je suis en fonction de leurs désirs, et donc défait lorsque je ne peux plus remplir mon rôle.

L’empathie et la sensibilité sont pourtant des dons. Mais il faudra que je les maîtrise, au lieu de les subir.
Il faudra aussi que je trouve le courage de dire non, de penser à moi avant de penser aux autres, et de ne pas me sentir coupable pour cela.

Elements de décoration

tapisserie de Bayeux

O for a muse of fire, that would ascend
The brightest heaven of invention,
A kingdom for a stage, princes to act,
And monarchs to behold the swelling scene!

Bon ici c’est pas Henry V et Azincourt, mais Guillaume de Conquérant et Hastings.
La vraie geste de ces personnages ne ferait pas fantasmer du tout, avec tout ce sang
versé, ces histoires de trahisons et tout le côté bestial de l’humanité.

C’est la représentation qu’en ont fait les moines tapissiers de Bayeux qui importe,
à l’instar de ma collection de romans d’Heroic Fantasy et de certaines illustrations…
Ce ne sont que des portes vers une fantasie, un univers qui me sert à oublier certains
aspects négatifs de la réalité.

Pour l’anecdote, cette tapisserie m’a été offerte par ma mère.
Elle me remerciait en cela pour lui avoir tapé une tonne de textes de philo sur ordinateur.

le lion la licorne
Entre ces coussins devrait se trouver une belle femme, aux cheveux d’une blondeur vénitienne, et
d’une élégance de princesse… et qui aurait donné un sens à ma vie. Mais bon,
mon âme semble à jamais perdue 🙂

Idylle © SIUDMAK
Ce peintre illustre les couvertures de mes romans de poche. J’ai flashé sur ce poster. Va
savoir… L’amour idéalisé, avec une once de manichéïsme. Mais je préfère
en fait l’unité-dualité, sous la forme du papillon.

Thorgal & Kriss © ROSINSKI
C’est le côté vicieux de certaines femmes que je n’arrive à pas comprendre.
Faire les pires crasses tout en ayant la candeur d’un ange. A ma décharge, j’ai souffert
des misères d’une garce lors de ma petite enfance, me rendant plus que farouche
envers la gente féminine.

J’ai trouvé l’antithèse de cette reproduction : il s’agit d’une illustration d’un
roman de Marion Zimmer Bradley paru sous le nom La tour interdite et dessiné par
Gimenez. Dans une anthologie consacrée à ce dessinateur, nommée Arkhânes.

L'interdite © GIMENEZ

Avec toutes ces références à un univers médiéval
fantastique, il fallait bien que j’en ai une… Je concède volontiers le caractère phallique de cet objet,
mais je vous prierai d’éviter tout commentaire freudien -<;-p.

Longtemps le désir de posséder cet épée a rimé avec arlésienne.
Et c’est plus ou moins l’esprit embrumé par un vin viril du pays de d’Artagnan (un Madiran
pour les connaisseurs), que j’ai finalement décidé son achat.

as foolish as any men!

Burne Jones & William Morris
Kriss de Valnor a depuis été remplacée par Flora. Une tapisserie coup de coeur.

Solitude

Dans cet immense ballet, j’ai cru m’apparier avec une étoile. Sa lumière et sa chaleur m’irradiaient, et je me suis efforcé de lui rendre la pareille. Peine perdue : j’étais un corps froid, morne et sans saveur. Un pauvre incapable.

Et qu’elle était belle, cette étoile. Toute neuve, brillante, attractive. A se lier pour l’éternité. Mais cela ne se fera pas. Elle ira donc faire sa danse loin de ma ronde, rencontrer d’autres étoiles, trouver son alter ego.

Je n’aurai quant à moi qu’un vague souvenir, une impression de chaleur, et l’épreuve de la séparation.

Il faudra un jour que j’arrive à me développer, à enfler de vie, pour enfin briller de mille feux. Avoir le courage de trouver mon étoile jumelle, me lier à elle pour un temps, et rompre cette solutide pesante.

Harmoniques

Il me vient l’idée saugrenue de changer le point de vue. Si le monde est beau, pourquoi toujours l’admirer de la même manière ? Existence ou diamant, autant de facettes à explorer.

Loin de prendre du recul, je décide d’une plongée vertigineuse au coeur des choses. Je vois la matière se décomposer et les éléments apparaitrent. Je pénètre plus profondément, et m’aperçois que ces éléments perdent leur nature. Il y a quelque chose en dessous. Encore et encore, je descend. Encore et encore, quelque chose de nouveau sous l’apparence précédente : un jeu de poupée russes, imbriquées les unes dans les autres presque à l’infini.

J’arrive finalement dans un lieu étrange. La lumière n’est pas. Je ne vois rien. Mais j’entends.

Je baigne dans un mélange d’ondes, de fréquences, de distorsions, d’échos, de notes. Une musique étrange est à la base de cet univers. Elle est le tout. Je m’amuse à l’idée d’une personne orchestrant cela, mais ceci est complétement futile.

Ce qui importe, c’est la conviction d’être un morceau de cette symphonie. Cela rassure et réconforte. Je n’ai pas choisi d’être, mais on m’a donné une place, je la tiendrai comme il se doit, j’exécuterai ma partition.

Et si le libre-arbitre n’est pas une illusion, peut-être irai-je moi-même improviser quelques notes. Belles, si possible.

Relativité

Je suis perdu. Il n’y a plus aucune référence, la souffrance me ronge. D’un espace à l’autre, rien à quoi s’accrocher. Pas de chaleur qui pourrait me faire oublier ce mal-être. La lumière est fade, elle ne met en relief que mes incapacités, mes tares, mes faiblesses, ma laideur.

C’est un enfer qui se révèle. Pourquoi souhaiter aux autres le bien, le bonheur, la justice et le respect de la parole donnée, alors qu’au final, mon âme devra être éprouvée de façon si abjecte ?

Je ne mérite pas cela. Il me faudra pourtant endurer. En silence si possible. Et espérer que le temps soigne les blessures.

Premiers effets

Cela ressemble à l’idée que je me fait de la mort : froid, noir, immense, éternel, quiétude. J’y suis à l’aise.

J’ai quitté une jolie perle bleue, un oasis bientôt dénaturé par les hommes. Qu’elle est donc magnifique, avec ses océans, ces forêts, ces déserts… Je m’en éloigne, et pourtant, cette boule remplie de vie va me manquer. Il y aura d’autres mondes comme celui-là, voire d’encore plus merveilleux… Mais on n’oublie pas sa matrice. Peut-être aurais-je l’occasion d’y retourner sur un simple coup de tête, une envie impérieuse de retrouver mes racines…

Et la perle se rapetisse au fur et à mesure, pour ne plus être qu’un point parmi d’autres. Bleu parmi des blancs, rouges, jaunes, verts… L’espace n’est pas vide : on dirait qu’il est rempli d’âmes. Elles scintillent, disparaissent et renaissent selon des règles qu’il me plaît à considérer comme magie. Et surtout, à une échelle de temps qui n’est pas encore la mienne, elle dansent. Au ballet cosmique, tout le monde participe. Personne n’est oublié.

Je viens donc danser avec les étoiles. Trajectoires hyperboliques, mouvements rapprochés, et parfois quelques chocs. Au fur et à mesure, je prends conscience de la règle à suivre, et extrapole les règles suivantes… Tout celà n’est que Loi, finalement. Qui a dicté cela, je ne saurais le dire, mais c’est là et c’est aussi beau.

Etant un élément de tout cela, il me vient à l’idée que moi aussi, j’ai par le passé, présent et futur, subit ou respecté cette Loi. Tout cela est donc déterminé ? Mon libre arbitre existe-t-il vraiment ?

Départ

C’est le moment d’abandonner. Je suis un lâche, un moins que rien, un pauvre, un crétin.
Qu’ai-je à faire dans ce monde où les comptables ont remplacé les humanistes ?

Le pays dans lequel j’habite se prévaut d’être une démocratie et un modèle d’organisation sociale. C’est terminé. Mais ce ne sont pas les terroristes qui l’ont dénaturé. A l’instar de l’antique Athènes, les sophistes ont pris le pouvoir et saccagent tout. Comme toujours, leur arme est le côté obscur du verbe : campagnes de communications, lobbying volontairement discret, petits paragraphes pernicieux dans les textes de loi, mensonges éhontés ou déformation de quelques vérités, moralisme à outrance, culpabilisation et manipulation de la plèbe pour qu’elle consomme et se taise… Je pourrais prendre plaisir à classifier toutes leurs actions dans les stratagèmes de Schopy, mais la fatigue m’a gagné.
Ils ont gagné : le vote devient insignifiant.

Il faut redonner du pouvoir d’achat aux forces vives, c’est-à-dire aux riches, qui comme par hasard, sont ces mêmes sophistes. L’impôt n’aide ainsi plus les démunis, je vois plus en plus de mendiants dans la rue, alors que ces détestables voitures 4*4 de luxe pullulent. C’est du chacun pour soi maintenant : il n’y aura plus personne pour aider le malchanceux qui est né au mauvais endroit, ou celui qui a eu un accident de la vie. Suggestion est donnée aux semi-pauvres de consommer pour faire tourner la machine et entretenir ceux qui la possède : les riches, forcément. L’Etat et ses services publiques, bien commun assurant égalité à tous, doit disparaitre au profit des sociétés privées et de leurs actionnaires, riches forcément…

La société change, et je vois mon monde changer. Chaleur intense, pollution visible ou discrète, puanteur des voitures et de la ville, nuages épais ne donnant plus de pluie… L’on doit consommer alors forcément, cela fait quelques dégats. Oh, je reste confiant : la terre et la vie survivra aux hommes.
Mais quel gâchis.

J’aime les hommes, mais assumer celà m’a rendu solitaire. Je ne les juge pas. Ils sont ce qu’ils sont, chacun enfermés dans leur ego, fonctionnant selon leurs désirs et leurs sensibilités. Ils restent beaux, admirables, mais je les vois maintenant comme des machines, sortes d’animaux sophistiqués dont le comportement a tout du prévisible. D’où le pardon facile à leur égard, et cette immense lassitude : au fond d’eux-mêmes, ils sont tous pareils. Sauf moi.

Maladie de conscience ? Faculté d’être ici et ailleurs, et par là même, dans autrui ? Il m’arrive de penser que je suis un fou, un marginal ou un idiot. J’avoue : le monde est beau, la vie est belle. Non pas parce qu’il y a de jolies couleurs, de belles formes ou, que les gens ont parfois de bons sentiments. Non. Le crétin que je suis affirme que l’existence a une valeur esthétique. C’est beau parce que c’est là, tout simplement.

Je me vois donc observer souvent. Comme ces nuages filer dans le ciel. J’avoue en tirer du plaisir. Et si j’allais plus haut ? Au delà du bleu, loin de cette humanité dénaturée, pour me soustraire de cette pollution verbale, me laver de cette lassitude et de ces toxiques. Il parait qu’il y a des étoiles autres que le soleil. Et des mondes à visiter.
Pas besoin de vaisseau spatial. J’ai la capacité d’être ailleurs tout en étant ici. Il suffit que je me projète. Un mouvement de pensée suffit : celà s’appelle la fiction.

Je pars donc explorer ce joli univers.

La vue de l’ange

Au belvédère de Fourvière, accoudé contre le parapet qui me sépare du vide… Là, j’y ai vaincu ma peur des hauteurs. Là, j’y admire maintenant l’horizon, les Alpes, les nuages, et parfois les arc-en-ciels.
Ou plus bas, sur le pont rouge à haubans qui relie Presqu’Ile et Vieux Lyon… Là, j’y ai combattu ma peur des vibrations. Le truc ? Se croire léger, s’imaginer avoir des ailes. Là, j’y admire maintenant les nuages, la ville et ses hauteurs, et parfois les gens.

Là, fierté d’avoir affronté mes démons.
Là, sonne le glas de mes angoisses.
Là, sont célébrées quelques victoires sur moi-même.

Et d’un regard bienveillant, je contemple la vie comme on observe un tableau de maître. Je me surprend à imaginer le parcours de telle ou telle personne marchant plus bas. De temps en temps, portant ma vision vers les nuages, je goûte à l’euphorie du sublime. Je reste les pieds sur terre, mais mon âme s’envole pour quelques secondes d’éternité.

Que dit-il ? que je suis semblable à les anges ?

Homo delphinus

Je ne compte pas la distance. Si je devais quantifier, ce serait au niveau du temps passé, ou chose bizarre, selon ce que me dit mon corps.
Je suis dans cet élément, un et entier. Fini le pur esprit, fini l’absence de sensation : je redécouvre cette partie de moi qui me dégoûtait, celle qui se dégrade, celle fragile et éphémère, celle qui finira un jour dans la pourriture, alors que l’autre sera oubliée d’elle-même.
Ici ne compte que l’instant présent : penser à respirer, contrôler mes membres, sentir et réagir. Et cela juste pour avancer dans ce milieu apparemment hostile. Un moment d’oubli et c’est la tasse. Un faux mouvement et la vitesse est perdue. Il faut continuer à bouger, sinon le froid me gagne. Toujours se battre et se renforcer contre l’inertie de l’eau.
Ce n’est pas le chemin doré de la sagesse. Mais cela y ressemble : c’est une voie bleue qui mène au plaisir. J’y trouve les caresses qu’un amant saurait me donner, j’y retrouve inconsciemment la matrice originelle, je me réconcilie avec cette chair, j’y gagne une fatigue bienfaisante.

J’y éprouve ce qu’on appelle de l’harmonie.

Le cul de Notre Dame

Debout, une main posée contre le rebord du pont de la Tournelle, le regard parcourant l’ouest.
Ou marchant sur les quais en dessous, l’esprit libre mais tourné vers le soleil couchant.

Là, je contemple un étrange vaisseau qui semble flotter sur la Seine. Une dentelle de pierre façonnée par la main et la foi des hommes. L’image peut varier, selon le temps : je la vois sous un ciel bleu, avec ou sans nuages parcourant le ciel, sous la bruine ou une pluie dense, souvent la nuit, parfois le jour. J’imagine que le temps s’accélère et que les nuages et les journées défilent plus rapidement. Mais l’édifice est toujours là.

Même si je sais que son temps viendra, que cette cathédrale s’effondrera un jour… A l’échelle qui est la mienne, vient en moi le sentiment que certaines choses sont immuables.

Un point de repère, sur lequel accrocher les épisodes de ma vie et pouvoir prendre la mesure sur moi-même.

Gare de Lyon

Après une journée de shopping à Paris et/ou un resto entre gentils garçons… Le retour de la capitale de France vers la capitale des Gaules… Et donc l’attente à la gare de Lyon.

Loin d’être ennuyeuse, la demi-heure ou l’heure défile sans que j’en prenne conscience. Pas de journal ni de livre à lire, ou alors c’est un subterfuge. Pas de citronnade ou de pâtisserie à consommer : trop cher. Je m’installe discrètement dans un coin, et je regarde patiemment les gens.

Ils se retrouvent, ils se quittent, s’embrassent ou se serrent la main. Coups de téléphone portables, valises ou sacs à trainer… Ils sont pressés ou placides, fidèles à eux-mêmes, leurs petites habitudes se révèlent, ils sont toujours esclaves du temps, mais certains sont bénis par l’amour (les veinards !). Petits fragments d’humanité formant une toile vivante, les couleurs de la vie se marient au gré des arrivées et des départs. Un tableau toujours changeant, toujours plaisant à l’oeil.

Quelque soit l’apparence de ces personnes, il me semble même entrevoir leur essence, et je me délecte de les voir si beaux.

Le code

Cela aurait pu s’appeler ‘Le verbe’, mais l’écriture ne se fait pas sur du papier. Je ne m’adresse pas non plus à une personne. J’aligne des instructions, déclare des constantes, instancie quelques variables, prévois et gère les événements, joue avec les conditions… et structure le tout, pour un simple ordinateur.

Mes mains s’agitent sur le clavier, j’aligne du code, je mets en caractères mes idées, j’applique la souveraine logique, tout en me conformant au langage de la machine, à ses règles, ses subtilités et parfois ses caprices. Le droit à l’erreur n’existe pas, ou très peu. Quand le code devient programme, tout doit s’exécuter sans anicroche, sans perturber les autres processus. L’excellence se joue sur la rapidité du résultat et la concision du message. L’esthétisme est omniprésent : la beauté se trouve dans le code lui-même, essentiellement dans la forme qu’il revêt.

Et je me demande toujours comment la gestalt se met en marche, et pourquoi j’en tire autant de jouissance. Etonné moi-même d’être capable d’utiliser le verbe pour créer tel ou tel programme. Fasciné par cette magie qui fait de moi un architecte et un artiste. Sans doute l’impression d’emprunter au divin une de ses qualités :

…qu’il n’y a besoin que de mots pour faire exister
…qu’il suffit de dire pour être.

Walking in the rain

Pas de parapluie ni de capuche, en chemise légère ou tee-shirt, être sous une pluie dense et fraîche. Sentir les gouttes de pluie rencontrer ma peau, humer l’air épuré des gaz des voitures, ressentir ma fragilité face au vent et pourtant ne pas courber l’échine. Etre droit, pour mieux subir les éléments et par là même, me sentir vivre.

With hey, ho, the wind and the rain… 🙂

Ne pas courir après

Petit amusement lorsque les gens courent après le tram ou le bus. Pourquoi tant d’empressement sachant qu’il y en aura un prochain, quelques minutes plus tard ? Je les vois s’agiter, ils essayent de ne pas perdre leurs affaires et leur brushing, quelques gouttes de sueur perlent sur leur front, l’anxiété masque leur beauté apparente… Et je me vois – moi – les voir, avec un sourire intérieur, marcher à mon rythme, les considérant comme esclaves du temps, ne comprenant pas leur impatience, leur désir d’immédiateté. « Avoir ce putain de tram et pas le suivant » est d’une importance capitale, mais un sentiment critique, paresseux et égoïste me dit que cela n’en vaut pas la peine.

Tea Time

L’instant magique du thé… Vert ou Noir, acheté spécialement à Paris. Additionné de parfums subtils qui titillent agréablement les narines : épices, rose, cannelle ou assemblages exotiques, choisis selon l’humeur. Sans ajout de sucre. Préparé de façon presque méticulueuse, voire ritualisée, avec les ustensiles que l’on fini par aimer.

A chaque petite gorgée se renouvelle la sensation de chaleur. Un bienfait qui se diffuse doucement dans mon corps, stimulant mes organes, excitant mes sens, et paradoxalement, reposant mon âme, y installant un semblant de paix.

La terre peut trembler, je n’ai que faire. Je suis dans une bulle, baigné par la contemplation et l’intemporel. De là, il est possible de prendre la mesure et de voir la beauté du monde qui m’échappait auparavant.

Juste avant de dormir

Quand les lumières sont éteintes, que les draps recouvrent et réchauffent mon corps, que la sensation de retrouver la matrice originelle emplie mon être…

Avant que le noir et l’absence me submergent, avant que ma conscience entame les procédures de shutdown recover et garbage collection

…une pensée affectueuse à chacun de ceux qui comblent mon existence.

Petite flamme

Le soir ou dans la pénombre, allumer une bougie odorante pour :
– la lumière chaude et reposante.
– la chaleur qui me fait penser à une personne que j’aimerais avoir à mes côtés.
– la petite flamme vivante qui rompt la solitude et l’immobilité.
– l’odeur de vanille, cannelle ou autre parfum que la cire dégage.
– un peu de spiritualité ou de mystère. Ne suis-je pas un alchimiste noctambule, un pèlerin faisant voeu, un animiste priant les éléments ?

Le petit bonheur primordial

Ou comment s’arranger avec son anhédonisme…

Comment jouïr de la vie, lorsque l’on est pas équipé pour ?
Vivre sans pouvoir apprécier ce qui est bon, tout en endurant les mauvaises choses.

Les petites flammes du désir qui semblaient embellir l’enfance se sont éteintes sous les assauts récurrents de la dépression, la phobie sociale et la solitude affective. La crise existentielle a fait constater à l’adolescence une marque indélébile : l’absence de plaisir, autant physique que psychique. Que reste-t-il alors comme espérance pour remplir cette vie, et partir comblé lorsque la déchéance viendra ? L’on souhaite alors provoquer la mort au plus vite, qu’elle vienne à l’instant ou dans une heure, plutôt que subir des années sans saveur. Il n’y a plus que devoir, devoir, devoir… Se souvenir qu’il y a des gens qui nous aiment, se lever chaque matin pour aller gagner de quoi payer son pain et son logis, se forcer à tenir une conversation, faire semblant de se réjouïr pour faire plaisir aux autres, être là pour ceux qui le demandent… Dur, dur, dur… L’on ploie mille fois sous l’effort, mais il faut tenir, tenir, tenir…

Je m’imagine souvent en ange déchu, condamné à vivre la vie des hommes, emprisonné sur terre à cause d’une faute dont je n’aurais plus le souvenir. Même sans mémoire, j’en déduis que mon existence antérieure a dû être merveilleuse pour que je considère cette présente vie, morne, insipide, plate, …à crever.

Aussi fais-je un pari qui rappellerait celui de ce satané Pascal : Paradis ou pas, Bonheur ou pas, j’accepte ce purgatoire dans l’espérance d’en être libéré un jour et retrouver ce qui m’a été confisqué. J’endurerai la peine de vivre selon la loi de la nature et les lois des hommes. Et parmi la tonne de devoirs, celui d’apprendre à aimer la vie et à en jouïr ne doit pas être si dur que ça.

Je serais donc, comme il me plaira, tantôt acteur tantôt spectateur du monde. Naïf et avide de sensations comme nouveau né. Nuit et jour, une éponge sensorielle. En constant émerveillement devant la beauté de ce monde. Vivre de petites aventures ou de grandes passions… A force, il se pourrait bien que je regrette cette existence quand l’heure sera venue.

Le Petit Bonheur Primordial est en fait final : quand la mort m’accueillera, devrais-je sourire pour être enfin libre des contraintes de la vie ? ou bien devrais-je sourire pour avoir eu une vie comblée de petits bonheurs ?

La carte Eclipse

Premièrement, toutes mes excuses pour le retard. La décision, la commande, l’attente, la réception, l’installation et les tests sommaires ont été plus qu’éprouvants. J’ose espérer que mon esprit a maintenant retrouvé la place qui était la sienne et que les fortes émotions se sont calmées.
La dernière fois que j’ai eu ce genre de dérangements, eh bien, oh coïncidence, c’était lorsque j’ai commandé mon Falcon chez Apak en 1996.
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Living-room, version 1.0

Sous un extrait de la tapisserie de Bayeux, entre le coussin du Lion et celui de la Licorne, que croyez-vous que je puisse faire ? D’abord dormir, vu que le joli clic-clac se transforme en pieu plus que confortable. Ensuite rêver au travers de mes ouvrages favoris tels certaines pièces de Shakespeare ou les romans d’Heroic Fantasy en langue anglaise.

Pour la petite histoire, ce sofa est un modèle ikea (comme tout le reste d’ailleurs 😉 que j’ai acheté pour fêter la réussite au concours de 1ère année en Fac de Pharma. Major en plus, il n’y a pas plus aliénant que de lire son nom en première position d’une liste de reçus quand on ne s’y attend pas.

Et un fauteuil pour se délasser, il accueille plus en ce moment le linge à repasser que mon séant. Mais il y a des périodes où ce mobilier soulage mon petit corps fatigué.

On se tourne maintenant vers la bibliothèque. L’élément au fond conserve ma petite collection de bandes dessinées.
Vous remarquez la planche à abdos. Une utilisation régulière me permet d’avoir un ventre maintenant plat, mais pas encore avec carrés de chocolat dessus. Il y a encore du travail à faire 😉

Au milieu un aquarium. Mais sans poisson. L’aquariophilie était mon passe-temps d’adolescent, sinon ma grande passion, au grand désespoir de mes parents, plutôt désireux que j’aille sortir en boîte, courrir le jupon et monter à moto. Donc pas possible d’avoir un aquarium géant, ni de voir grandir les petites écailles.
Cette passion a donc été étouffée avec regrets et larmes. Je ne conservais à la fin plus qu’un Betta Splendens

Cet aquarium ne sert plus qu’à cultiver des Anubias, ma foi fort jolies et résistantes. Elles font parfois des fleurs.